Dit autrement, il est plus économique et plus écologique de faire circuler un autocar un peu rempli qu'un train diesel vide.Les lignes concernées représentent selon la Cour le quart du réseau national, 7.800 km. Elles sont à 90% non électrifiées, et donc parcourues par des trains diesel.
"En général, on considère que le transport ferroviaire est plus efficace que par route", constate Alain Morcheoine à l'Agence de l'environnement (Ademe). "Mais on raisonne en moyenne. Si vous prenez une ligne pas très fréquentée avec un TER dans lequel vous transportez trois pèlerins, il vaut mieux utiliser un engin plus léger, sur route."
Le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau tient exactement ce discours depuis plusieurs mois. A défaut de vouloir carrément fermer des lignes, il veut faire un peu de place aux trains de fret.
"Si je suis encore en fonction après les élections régionales, je dirai aux nouveaux élus qu'il vaut mieux remplacer des TER par des cars pour libérer des sillons à certains moments", disait-il récemment à l'AFP.
Or, non contentes de payer une bonne partie du prix du billet, les régions ont investi plus de 6 milliards d'euros pour acheter des rames modernes... qui sont autant de publicités roulantes pour leur action.
Bien sûr, rien ne se fera avant les élections. Les conseils régionaux ne sont d'ailleurs pas forcément hostiles.
"J'accepte l'idée, et nous l'avons fait en Rhône-Alpes, que sur certaines liaisons et à certaines heures, on fasse circuler des cars à la place des trains", acquiesce Bernard Soulage, qui s'occupe du pôle ferroviaire de l'Association des régions de France.
Les associations d'usagers crient au scandale, réclamant au contraire une politique volontariste visant à mieux remplir ces trains.
A la SNCF, on compte les points. "C'est difficile pour les élus de passer du train au bus", estime Jean-Pierre Farandou, le patron des TER. "Dans la perception de notre clientèle, le train est supérieur au bus. Ce n'est pas totalement faux, car il est plus confortable et plus fiable."
"Cela dit, un bus coûte au moins cinq fois moins cher qu'un train. Quand il y a vingt ou trente personnes, ça se justifie économiquement de passer du train au bus", reconnaît-il. "A fortiori quand le train est diesel."
Et de conclure: "Nous ne sommes pas des ayatollahs du monde ferroviaire!"