"Vous avez à vous prononcer sur un dossier particulièrement important, qui va au-delà des personnes des prévenus", explique Me Michel Pezet, l'avocat des deux pêcheurs qui évoque "une procédure assez extravagante"."Quand un bateau japonais pêche en Méditerranée, en une seule pêche, il prend 3.000 tonnes (de thon rouge, ndlr), j'aimerais bien savoir combien il y a de thons sous taille" (dans sa cargaison, ndlr), s'interroge l'avocat.
Un de ses clients, Me Cuias, est notamment poursuivi pour avoir pêché sept thons dont le poids était inférieur aux 30 kg réglementaires.
"Tous les massacreurs de fonds marins, on ne les voit pas", poursuit Me Pezet qui s'emporte contre une réglementation jugée incompréhensible. "Les textes, il y en a trop, mal écrits et impossibles à interpréter".
"Il faut que l'administration sache aussi être humaine et ne vienne pas dire +vous n'avez pas respecté cette virgule+", souligne l'avocat.
En réponse, le procureur reproche aux pêcheurs d'"être en guerre contre les institutions de l'Etat". "Vous ne pouvez pas faire un obstacle constant au travail des fonctionnaires", ajoute-t-il, s'étonnant de la stratégie de la défense, consistant à remettre en cause le travail des enquêteurs.
"C'est comme en matière de pollution maritime, on vient forcément contester les informations des enquêteurs", explique le représentant du parquet qui réclame des amendes (5.000 euros dont 2.000 avec sursis) contre les prévenus.
Pour Mourad Kahoul, président du Syndicat des thoniers méditerranéens, présent au procès au milieu des pêcheurs venus soutenir leurs camarades, "c'est malheureux qu'on en arrive à un point où les pêcheurs finissent devant des instances comme ça, ça veut dire que l'on fait passer les pêcheurs pour des voyoux, pour des bandits".
Les pêcheurs attendent une rencontre avec le président de la République, qui, selon M. Kahoul, pourrait avoir lieu "dans une semaine".
"On veut pulvériser ce métier, c'est une guerre commerciale. Aujourd'hui, on veut favoriser le marché australien et américain par rapport à l'Europe. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la galle", conclut le président des thoniers.
Les marins-pêcheurs marseillais seront, quant à eux, fixés sur leur sort judiciaire le 5 mars.